Publié le 3 Juillet 2023

 
Chant d'automne

I

Bientôt nous plongerons dans les froides ténèbres;
Adieu, vive clarté de nos étés trop courts!
J'entends déjà tomber avec des chocs funèbres
Le bois retentissant sur le pavé des cours.

Tout l'hiver va rentrer dans mon être: colère,
Haine, frissons, horreur, labeur dur et forcé,
Et, comme le soleil dans son enfer polaire,
Mon coeur ne sera plus qu'un bloc rouge et glacé.

J'écoute en frémissant chaque bûche qui tombe
L'échafaud qu'on bâtit n'a pas d'écho plus sourd.
Mon esprit est pareil à la tour qui succombe
Sous les coups du bélier infatigable et lourd.

II me semble, bercé par ce choc monotone,
Qu'on cloue en grande hâte un cercueil quelque part.
Pour qui? — C'était hier l'été; voici l'automne!
Ce bruit mystérieux sonne comme un départ.

II

J'aime de vos longs yeux la lumière verdâtre,
Douce beauté, mais tout aujourd'hui m'est amer,
Et rien, ni votre amour, ni le boudoir, ni l'âtre,
Ne me vaut le soleil rayonnant sur la mer.

Et pourtant aimez-moi, tendre coeur! soyez mère,
Même pour un ingrat, même pour un méchant;
Amante ou soeur, soyez la douceur éphémère
D'un glorieux automne ou d'un soleil couchant.

Courte tâche! La tombe attend; elle est avide!
Ah! laissez-moi, mon front posé sur vos genoux,
Goûter, en regrettant l'été blanc et torride,
De l'arrière-saison le rayon jaune et doux!


— Charles Baudelaire

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Publié le 3 Juillet 2023

Poème d'Auteurs...

Poème d'Auteurs...Sous le voile

Enlève ce voile, ô Lysidiké,

Ne joue pas ainsi de ta hanche.

D'ailleurs, ta gaze en transparence

Révèle ton corps dans ses plis :

Ton corps à mes yeux s'éblouit

Puis disparaît. Eh ! moi aussi

Je vais jouer de mon objet

Qui, vois-tu, se tient roidement.

Mais je m'en vais le cacher :

Laisse-moi juste un moment...
 
 
 
Marcus Argentarius,

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Publié le 3 Juillet 2023

Les cauchemars... au placard !

Le soir, dans le noir,
Il est des monstres qui viennent me voir
Car ils espèrent bien me faire peur.

Quand c'est un dragon vert
Qui vient me voir
Avec ses narines fumantes et son air méchant
Je l'image en rose bonbon
Et en caleçon à petits cœurs

Quand c'est un méchant loup
Qui vient me voir
Avec ses griffes et ses grandes dents
Je l'imagine en danseuse espagnole
Avec des chaussures à claquettes et des castagnettes.

Quand c'est une sorcière
Qui vient me voir
Avec son nez crochu et son chapeau pointu
Je l'imagine en petit rat de l'opéra
Avec un tutu et des ballerines.

Quand c'est un ogre
Qui vient me voir
Avec son grand couteau et sa fourchette
Je l'imagine en bébé Cadum
Avec une couche et une sucette.

Quand c'est un fantôme
Qui vient me voir
Avec son drap blanc et ses houhou
Je l'imagine en costume d'Elmer
A carreaux de toutes les couleurs.

Le soir quand il fait tout noir
Il est des monstres qui viennent me voir
Mais à moi ils ne me font pas peur.

Allez hop dans le placard les cauchemars !

Marie-Hélène LAFOND



Tags : Poemes d'@uteurs

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Publié le 3 Juillet 2023

 
Poeme d'auteurs**
 
 
Ouate


Il tête avec avidité

Et se cogne au sein qu'il enlace.

Puis lorsque sa nourrice est lasse,

Il dort sur son ventre ouaté.

Pour le minet doux et futé

C'est un lit que rien ne remplace. Il tète avec avidité

Et se cogne au sein qu'il enlace

Quand il s'est bien lissé, gratté,

Pris la queue et vu dans la glace,

Après ses tournements sur place,

Et ses petits sauts de côté,

Il tète avec avidité.



Maurice Rollinat 
[Dans les brandes, Le Minet, 1877]Poeme d'auteurs**
 

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Publié le 3 Juillet 2023

L'orchidée

Une fleur a mangé ton ventre jusqu'au fond
Sa tige se prolonge en dard sous les entrailles
Fouille la chair de sa racine et tu tressailles
Quand aux sursauts du cœur tu l'entends qui répond.

C'est une fleur étrange et rare, une orchidée
Mystérieuse, à peine encore en floraison
Ma bouche l'a connue et j'ai conçu l'idée
D'asservir sous ses lois l'orgueil de ma raison.

C'est pourquoi, de ta fleur de chair endolorie,
Je veux faire un lys pur pour la Vierge Marie
Damasquiné d'or rouge et d'ivoire éclatant,

Corolle de rubis comme une fleur d'étoile
Chair de vierge fouettée avec des flots de sang
Ta Vulve rouge et blanche et toute liliale.


Pierre Louÿs

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